Culpabilisation et contraintes sur les soignants : une solution injuste et contreproductive

La grève des médecins s’annonce comme une des plus suivies de l’histoire, compréhensible face aux mesures envisagées dans le PLFSS 2026...

BILLETS D'HUMEUR

Laurent VASTEL

1/9/20262 min read

Autre serpent de mer : l’installation contrainte dans des déserts médicaux pour les jeunes diplômés. La mesure envisagée n’aura comme conséquence que de retarder encore l’installation des jeunes médecins en libéral, ou de les pousser vers des exercices moins productifs en soins, aggravant encore la pénurie. Après avoir rallongé sans intérêt les études médicales pour faire tourner les hôpitaux à moindre coût, l’État veut maintenant envoyer les jeunes diplômés dans des zones où l’équilibre économique ou l’intérêt médical de leur pratique n’est pas certain.

L’encadrement administratif et comptable des pratiques, les sanctions automatiques et l’insuffisance de moyens hospitaliers ne peuvent qu’altérer la relation de confiance entre soignants et soignés, expliquant le malaise actuel. L’absence de réforme hospitalière pourtant urgente, l’insuffisance du nombre de futurs médecins en formation et la dégradation de l’exercice libéral ne laissent pas entrevoir de solution de long terme, mais seulement une résignation à un rationnement inégalitaire des soins.

La convention médicale est née, il y a cinquante ans, d’une convergence d’intérêt : pour les médecins, des patients solvabilisés, et pour la Sécurité sociale, des règles d’optimisation des dépenses. Il est urgent de remettre tout le monde autour de la table et de réformer le système. Un véritable Grenelle de la santé, qui restaure un système performant pour les assurés comme pour les professionnels de santé, basé sur un financement viable.

La grève des médecins s’annonce comme une des plus suivies de l’Histoire, compréhensible face aux mesures envisagées dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026.

Incapables d’adapter les financements aux besoins croissants générés par le progrès médical et le vieillissement de la population, on ressort les vieilles méthodes en stigmatisant les soignants. Procès des « dépassements d’honoraires », qui pourtant ne compensent même pas l’inflation face à des tarifs non revalorisés. Comment d’ailleurs parler de « dépassements d’honoraires » dans un secteur à honoraires libres ? Sans doute pour masquer une vérité dérangeante : depuis 25 ans, la Sécurité sociale française n’a cessé de se désengager et de réduire la couverture de ses assurés.

" L’encadrement administratif et comptable des pratiques, les sanctions automatiques et l’insuffisance de moyens hospitaliers ne peuvent qu’altérer la relation de confiance entre soignants et soignés, expliquant le malaise actuel. "

" Il est urgent de remettre tout le monde autour de la table et de réformer le système. Un véritable Grenelle de la santé, qui restaure un système performant pour les assurés comme pour les professionnels de santé, basé sur un financement viable. "